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Vie et mort d'un journal : Le Courrier de Roanne

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http://www.memo-roanne.fr/ark:/12345/DKLs132 Vie et mort d'un journal : Le Courrier de Roanne entry 2020-12-18 16:37:24.0 <div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><span style="color:#660033">&quot;<em>Le Courrier de Roanne cessera prochainement sa publication. Les nombreuses amendes dont il a &eacute;t&eacute; frapp&eacute;, l&#39;interdiction de vente sur la voie publique, et de la distribution par ses employ&eacute;s aux abonn&eacute;s, ont oblig&eacute; ses propri&eacute;taires &agrave; prendre cette d&eacute;cision</em>&quot;. C&#39;est par ces mots qu&#39;est annonc&eacute;e aux lecteurs, le 20 avril 1873, la disparition prochaine du <em>Courrier de Roanne</em> apr&egrave;s seulement 4 ann&eacute;es d&#39;existence.</span></p><p>Mais que s&#39;est-il pass&eacute; pour que ce titre de presse disparaisse aussi rapidement ?&nbsp;</p><h3></h3><h3>Lorsque la presse &eacute;tait corset&eacute;e</h3><p></p><p>Tout avait pourtant bien commenc&eacute; pour l&#39;hebdomadaire dont le premier num&eacute;ro, sorti le 8 mai 1869, se d&eacute;marquait de son concurrent direct, le <em>Journal de Roanne</em>, par une ligne clairement r&eacute;publicaine. Cette orientation politique affich&eacute;e ne pouvait que surprendre, alors que Napol&eacute;on III dirigeait la France depuis 17 ans et que l&#39;on imagine la presse de l&#39;&eacute;poque, soit chantant les louanges du pouvoir en place, soit inexistante.</p><p>Durant les premi&egrave;res ann&eacute;es du Second Empire, la presse fut en effet musel&eacute;e afin de faire taire l&#39;opposition r&eacute;publicaine. La <strong>loi du 17 f&eacute;vrier 1852</strong> mettait les journaux sous tutelle administrative, gr&acirc;ce &agrave; une armada de proc&eacute;d&eacute;s : le monopole postal, imposant l&#39;abonnement individuel comme seul moyen de diffusion (et fichant du m&ecirc;me coup les abonn&eacute;s), la surveillance accrue du colportage et de la vente sur la voie publique des imprim&eacute;s non p&eacute;riodiques ou le r&eacute;tablissement du droit de timbre, pourtant supprim&eacute; en 1851. &Agrave; ces contraintes s&#39;ajoutaient la suppression de quotidiens d&eacute;mocrates et la mise en place d&#39;un <strong>syst&egrave;me d&#39;avertissement</strong>, destin&eacute; &agrave; d&eacute;courager les feuilles pol&eacute;miques. Un simple rappel &agrave; l&#39;ordre sanctionnait le premier, tandis que la suspension temporaire du titre d&eacute;coulait du deuxi&egrave;me. Le troisi&egrave;me avertissement amenait &agrave; une interdiction d&eacute;finitive de publication. Le plus souvent, la simple menace d&#39;un avertissement suffisait.</p><p>Alors comment, dans ce contexte restrictif, un titre tel <em>Le Courrier de Roanne</em>, f&eacute;rocement R&eacute;publicain, a-t-il pu voir le jour ?</p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/ark:/12345/DKL11819" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/B_421876201_courrierderoanne207_avril.jpg" style="height:625px; width:343px" /></a></p></div></div></div></div><div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/notice.php?q=courrier%20de%20roanne%209%20mai&amp;spec_expand=1&amp;sort_define=score&amp;sort_order=1&amp;rows=9&amp;start=0" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/B_421876201_courrierderoanne001_page-0003(1).jpg" style="height:500px; width:343px" /></a></p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><h3>Une naissance sous les auspices de la Libert&eacute;</h3><p></p><p>Tout simplement gr&acirc;ce &agrave; un assouplissement de l&#39;Empire qui, d&#39;<strong>Autoritaire</strong> de 1852 &agrave; 1860, devint <strong>Lib&eacute;ral </strong>&agrave; partir de 1860. Face &agrave; des succ&egrave;s int&eacute;rieurs et ext&eacute;rieurs, notamment l&#39;aide apport&eacute;e par la France &agrave; l&#39;unification de l&#39;Italie, la popularit&eacute; de l&#39;Empereur augmentait. Rassur&eacute;, ce dernier rel&acirc;cha progressivement les mesures prises contre l&#39;opposition lib&eacute;rale. Strat&egrave;ge, il le fit surtout pour saper la base des mouvements r&eacute;volutionnaires, r&eacute;publicains ou royalistes. Des r&eacute;formes furent lanc&eacute;es, dont certaines visant &agrave; desserrer le carcan r&eacute;pressif pesant sur l&#39;opinion et la presse. Cela aboutit, entre autres, &agrave; la promulgation de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_1868_sur_la_presse" target="_blank"><strong>loi du 11 mai 1868</strong></a> rendant une certaine libert&eacute; &agrave; la presse. Abolie, l&#39;obligation d&#39;autorisation pr&eacute;alable ! Abrog&eacute;s, les avertissements ! All&eacute;g&eacute; le timbre-taxe (d&#39;1 petit centime) ! D&egrave;s lors, lib&eacute;r&eacute;s de la censure et du risque de fermeture, de nombreux titres de presse firent leur apparition. La conjonction de la promulgation de cette loi et de l&#39;organisation des &eacute;lections l&eacute;gislatives de 1869 constitua un terreau id&eacute;al pour l&#39;&eacute;mergence de nombreux titres d&#39;opposition, &agrave; Paris comme dans le reste de la France. <em>Le Courrier de Roanne</em> pouvait donc voir le jour, sous l&#39;impulsion d&#39;<a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85407032" onclick="window.open(this.href, '', 'resizable=no,status=no,location=no,toolbar=no,menubar=no,fullscreen=yes,scrollbars=no,dependent=no'); return false;"><strong>Honor&eacute; Audiffred</strong></a>, futur sous-pr&eacute;fet de Roanne, futur d&eacute;put&eacute; r&eacute;publicain de la Loire et futur s&eacute;nateur. Jusqu&#39;alors, dans cette ville, seuls deux titres de presse se partageaient les faveurs des lecteurs : <em>L</em>&#39;<em>&Eacute;cho Roannais </em>et <em>Le Nouvel &Eacute;cho de la Loire</em> (futur <a href="https://www.retronews.fr/search#sort=score&amp;publishedBounds=from&amp;indexedBounds=from&amp;tfPublicationsOr%5B0%5D=Journal%20de%20Roanne&amp;page=1&amp;searchIn=article" target="_blank"><em>Journal de Roanne</em></a>). &nbsp;Si le premier pr&eacute;sentait une ligne &eacute;ditoriale plut&ocirc;t l&eacute;gitimiste-cl&eacute;ricale, le second &eacute;tait d&#39;opposition mod&eacute;r&eacute;e et constituait un soutien ind&eacute;fectible au maire bonapartiste de l&#39;&eacute;poque : Charles Boullier.</p></div></div></div></div><div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><h3><strong>Une vie d&eacute;di&eacute;e &agrave; la cause r&eacute;publicaine</strong></h3><p></p><p>L&#39;apparition du <em>Courrier de Roanne</em> vint apporter une voix dissonante dans ce paysage journalistique assez consensuel. D&egrave;s le premier num&eacute;ro, le ton &eacute;tait donn&eacute;. Dans son &eacute;ditorial le r&eacute;dacteur en chef, <strong>Mauduit</strong>, exposait les ambitions de ce nouveau titre de presse : soutenir la candidature de Jules Favre aux &eacute;lections l&eacute;gislatives de 1869 et donner &agrave; la d&eacute;mocratie roannaise un organe de presse ind&eacute;pendant, accessible et d&eacute;fendant l&#39;int&eacute;r&ecirc;t de tous. Au-del&agrave; du fait de soutenir un parti politique, l&#39;&eacute;quipe de collaborateurs du journal caressait le doux espoir de participer &agrave; &quot;<em>lutter contre l&#39;ignorance et l&#39;arbitraire et de r&eacute;pandre l&#39;instruction dans les campagnes afin que les citoyens connaissent leurs droits et devoir</em>s&quot;. Cette d&eacute;fense de l&#39;<strong>instruction obligatoire</strong>, n&eacute;cessaire &agrave; la formation de tout bon citoyen, fut mainte fois r&eacute;it&eacute;r&eacute;e dans les <a href="http://www.memo-roanne.fr/ark:/12345/DKL11694" target="_blank">colonnes du journal</a>, pr&eacute;figurant en cela la loi Jules Ferry de 1882.</p><p>Si le programme &eacute;tait ambitieux, les premiers num&eacute;ros furent presque enti&egrave;rement dirig&eacute;s vers un seul but : soutenir la candidature de <strong>Jules Favre</strong>, aux &eacute;lections l&eacute;gislatives de 1869, dans la circonscription de la Loire et face au poulain du gouvernement, Claude Dechastelus. Si Jules Favre s&#39;est port&eacute; candidat pour ce si&egrave;ge, alors qu&#39;il est Lyonnais et chef de file du parti R&eacute;publicain au niveau national, depuis 6 ans, c&#39;est avant tout parce qu&#39;il n&#39;a pas oubli&eacute; que ce sont les Roannais qui lui ont permis de si&eacute;ger &agrave; la Constituante en 1848. Cette fid&eacute;lit&eacute; pour service rendu, Favre la r&eacute;it&eacute;ra en pr&eacute;cisant que s&#39;il venait &agrave; remporter les &eacute;lections dans plusieurs circonscriptions, son choix se porterait sur celle de la Loire. Malheureusement, malgr&eacute; le soutien sans faille du <em>Courrier de Roanne</em>, de personnalit&eacute;s et de politiques locaux, Favre fut battu, avec 10 229 voix contre 19 693. Il le fut aussi dans le Rh&ocirc;ne o&ugrave; il s&#39;&eacute;tait &eacute;galement port&eacute; candidat&hellip; tout comme dans 13 autres circonscriptions. Ce d&eacute;saveu, &eacute;tonnant pour un homme de l&#39;envergure d&#39;un Favre, s&#39;explique par l&#39;arriv&eacute;e sur le march&eacute; politique, de jeunes et fougueux candidats r&eacute;publicains, bien plus extr&eacute;mistes, tels L&eacute;on Gambetta ou Henri Rochefort. C&#39;est d&#39;ailleurs face &agrave; ce dernier que <a href="https://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/%28num_dept%29/9002" target="_blank">Favre </a>finit par triompher dans la 7<sup>e</sup> circonscription de Paris.</p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/ark:/12345/DKL9101" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/Jules_Favre.jpg" style="height:512px; width:400px" /></a></p></div></div></div></div><div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/ark:/12345/DKL11653" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/B_421876201_courrierderoanne053-1.jpg" style="height:376px; width:500px" /></a></p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><h3><strong>Une mort sous le signe de l&#39;Ordre moral</strong></h3><p></p><p>Les &eacute;lections l&eacute;gislatives de 1869 pass&eacute;es, <em>Le Courrier de Roanne</em> ne semblait plus avoir de raison d&#39;&ecirc;tre. D&#39;autant plus que les actualit&eacute;s locales n&#39;&eacute;taient pas au c&oelig;ur de la ligne &eacute;ditoriale. Les informations politiques, &agrave; moins qu&#39;elles n&#39;entrent en r&eacute;sonnance avec l&#39;actualit&eacute; nationale, et les petites annonces &eacute;tant relay&eacute;es en derni&egrave;res pages.</p><p>Cependant, les &eacute;v&egrave;nements de <strong>1870 </strong>allaient bient&ocirc;t donner un second souffle au journal. Il se positionna naturellement contre le pl&eacute;biscite du 8 mai 1870, voulu par Napol&eacute;on III pour affirmer son pouvoir et consolider l&#39;Empire ; s&#39;opposa &agrave; la d&eacute;claration de guerre de la France &agrave; la Prusse le 19 juillet 1870 ; pris faits et causes pour l&#39;av&egrave;nement de la Troisi&egrave;me R&eacute;publique le 4 septembre suivant. La proclamation de cette derni&egrave;re fut annonc&eacute;e dans le num&eacute;ro du <a href="http://www.memo-roanne.fr/ark:/12345/DKL11671" target="_blank">11 septembre</a>, par le nouveau r&eacute;dacteur en chef <strong>Critot</strong>. Ce dernier venait de succ&eacute;der &agrave; Emile <strong>Maudoul&eacute;</strong>, pouss&eacute; &agrave; la d&eacute;mission par les administrateurs du journal, pour avoir r&eacute;dig&eacute; un article sur l&#39;assassinat de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Noir" target="_blank">Victor Noir</a>.</p><p>&Agrave; la faveur de ces changements de direction et face &agrave; l&#39;emballement des &eacute;v&egrave;nements, la ligne &eacute;ditoriale du <em>Courrier de Roanne </em>&eacute;volua quelque peu. D&#39;anti-belliqueux, le journal devint promoteur de la guerre &agrave; outrance apr&egrave;s la d&eacute;faite de Sedan. Ce changement de ton surpris tant et si bien le lectorat, compos&eacute; majoritairement de paysans, d&#39;artisans et de commer&ccedil;ants, que ces derniers report&egrave;rent leurs voix sur les Conservateurs &ndash; qui se proclamaient partisans de la paix &ndash; lors des &eacute;lections l&eacute;gislatives de 1871.</p><p>Est-ce ce changement de ton, les diverses interdictions qui frapp&egrave;rent le journal, telle celle annonc&eacute;e dans le num&eacute;ro du 21 mai 1871 ou bien le durcissement qui entoura la libert&eacute; de la presse &agrave; partir du 6 juillet 1871 qui provoqu&egrave;rent la chute du <em>Courrier de Roanne</em> ? &Agrave; moins que l&#39;av&egrave;nement de <strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_moral#:~:text=L'Ordre%20moral%20est%20une%20coalition%20des%20droites%20qui,%C3%A9tait%20de%20pr%C3%A9parer%20la%20soci%C3%A9t%C3%A9%20%C3%A0%20la" target="_blank">l&#39;Ordre moral</a></strong>, contre lequel le quotidien s&#39;&eacute;tait r&eacute;guli&egrave;rement &eacute;rig&eacute;, n&#39;en ait eu raison, au m&ecirc;me titre que de nombreux journaux r&eacute;publicains.</p><p><em>Le Courrier de Roanne</em> tira sa r&eacute;v&eacute;rence le 29 juin 1873, non sans avoir pass&eacute; le flambeau au <em>R&eacute;publicain de la Loire</em> &agrave; qui il confia&nbsp;ses abonn&eacute;s.</p></div></div></div></div><p></p><p></p> français

Vie et mort d'un journal : Le Courrier de Roanne

Date : 2020-12-18 16:37:24.0 Type de document : Illustration Résumé :

"Le Courrier de Roanne cessera prochainement sa publication. Les nombreuses amendes dont il a été frappé, l'interdiction de vente sur la voie publique, et de la distribution par ses employés aux abonnés, ont obligé ses propriétaires à prendre cette décision". C'est par ces mots qu'est annoncée aux lecteurs, le 20 avril 1873, la disparition prochaine du Courrier de Roanne après seulement 4 années d'existence.

Mais que s'est-il passé pour que ce titre de presse disparaisse aussi rapidement ? 

Lorsque la presse était corsetée

Tout avait pourtant bien commencé pour l'hebdomadaire dont le premier numéro, sorti le 8 mai 1869, se démarquait de son concurrent direct, le Journal de Roanne, par une ligne clairement républicaine. Cette orientation politique affichée ne pouvait que surprendre, alors que Napoléon III dirigeait la France depuis 17 ans et que l'on imagine la presse de l'époque, soit chantant les louanges du pouvoir en place, soit inexistante.

Durant les premières années du Second Empire, la presse fut en effet muselée afin de faire taire l'opposition républicaine. La loi du 17 février 1852 mettait les journaux sous tutelle administrative, grâce à une armada de procédés : le monopole postal, imposant l'abonnement individuel comme seul moyen de diffusion (et fichant du même coup les abonnés), la surveillance accrue du colportage et de la vente sur la voie publique des imprimés non périodiques ou le rétablissement du droit de timbre, pourtant supprimé en 1851. À ces contraintes s'ajoutaient la suppression de quotidiens démocrates et la mise en place d'un système d'avertissement, destiné à décourager les feuilles polémiques. Un simple rappel à l'ordre sanctionnait le premier, tandis que la suspension temporaire du titre découlait du deuxième. Le troisième avertissement amenait à une interdiction définitive de publication. Le plus souvent, la simple menace d'un avertissement suffisait.

Alors comment, dans ce contexte restrictif, un titre tel Le Courrier de Roanne, férocement Républicain, a-t-il pu voir le jour ?

Une naissance sous les auspices de la Liberté

Tout simplement grâce à un assouplissement de l'Empire qui, d'Autoritaire de 1852 à 1860, devint Libéral à partir de 1860. Face à des succès intérieurs et extérieurs, notamment l'aide apportée par la France à l'unification de l'Italie, la popularité de l'Empereur augmentait. Rassuré, ce dernier relâcha progressivement les mesures prises contre l'opposition libérale. Stratège, il le fit surtout pour saper la base des mouvements révolutionnaires, républicains ou royalistes. Des réformes furent lancées, dont certaines visant à desserrer le carcan répressif pesant sur l'opinion et la presse. Cela aboutit, entre autres, à la promulgation de la loi du 11 mai 1868 rendant une certaine liberté à la presse. Abolie, l'obligation d'autorisation préalable ! Abrogés, les avertissements ! Allégé le timbre-taxe (d'1 petit centime) ! Dès lors, libérés de la censure et du risque de fermeture, de nombreux titres de presse firent leur apparition. La conjonction de la promulgation de cette loi et de l'organisation des élections législatives de 1869 constitua un terreau idéal pour l'émergence de nombreux titres d'opposition, à Paris comme dans le reste de la France. Le Courrier de Roanne pouvait donc voir le jour, sous l'impulsion d'Honoré Audiffred, futur sous-préfet de Roanne, futur député républicain de la Loire et futur sénateur. Jusqu'alors, dans cette ville, seuls deux titres de presse se partageaient les faveurs des lecteurs : L'Écho Roannais et Le Nouvel Écho de la Loire (futur Journal de Roanne).  Si le premier présentait une ligne éditoriale plutôt légitimiste-cléricale, le second était d'opposition modérée et constituait un soutien indéfectible au maire bonapartiste de l'époque : Charles Boullier.

Une vie dédiée à la cause républicaine

L'apparition du Courrier de Roanne vint apporter une voix dissonante dans ce paysage journalistique assez consensuel. Dès le premier numéro, le ton était donné. Dans son éditorial le rédacteur en chef, Mauduit, exposait les ambitions de ce nouveau titre de presse : soutenir la candidature de Jules Favre aux élections législatives de 1869 et donner à la démocratie roannaise un organe de presse indépendant, accessible et défendant l'intérêt de tous. Au-delà du fait de soutenir un parti politique, l'équipe de collaborateurs du journal caressait le doux espoir de participer à "lutter contre l'ignorance et l'arbitraire et de répandre l'instruction dans les campagnes afin que les citoyens connaissent leurs droits et devoirs". Cette défense de l'instruction obligatoire, nécessaire à la formation de tout bon citoyen, fut mainte fois réitérée dans les colonnes du journal, préfigurant en cela la loi Jules Ferry de 1882.

Si le programme était ambitieux, les premiers numéros furent presque entièrement dirigés vers un seul but : soutenir la candidature de Jules Favre, aux élections législatives de 1869, dans la circonscription de la Loire et face au poulain du gouvernement, Claude Dechastelus. Si Jules Favre s'est porté candidat pour ce siège, alors qu'il est Lyonnais et chef de file du parti Républicain au niveau national, depuis 6 ans, c'est avant tout parce qu'il n'a pas oublié que ce sont les Roannais qui lui ont permis de siéger à la Constituante en 1848. Cette fidélité pour service rendu, Favre la réitéra en précisant que s'il venait à remporter les élections dans plusieurs circonscriptions, son choix se porterait sur celle de la Loire. Malheureusement, malgré le soutien sans faille du Courrier de Roanne, de personnalités et de politiques locaux, Favre fut battu, avec 10 229 voix contre 19 693. Il le fut aussi dans le Rhône où il s'était également porté candidat… tout comme dans 13 autres circonscriptions. Ce désaveu, étonnant pour un homme de l'envergure d'un Favre, s'explique par l'arrivée sur le marché politique, de jeunes et fougueux candidats républicains, bien plus extrémistes, tels Léon Gambetta ou Henri Rochefort. C'est d'ailleurs face à ce dernier que Favre finit par triompher dans la 7e circonscription de Paris.

Une mort sous le signe de l'Ordre moral

Les élections législatives de 1869 passées, Le Courrier de Roanne ne semblait plus avoir de raison d'être. D'autant plus que les actualités locales n'étaient pas au cœur de la ligne éditoriale. Les informations politiques, à moins qu'elles n'entrent en résonnance avec l'actualité nationale, et les petites annonces étant relayées en dernières pages.

Cependant, les évènements de 1870 allaient bientôt donner un second souffle au journal. Il se positionna naturellement contre le plébiscite du 8 mai 1870, voulu par Napoléon III pour affirmer son pouvoir et consolider l'Empire ; s'opposa à la déclaration de guerre de la France à la Prusse le 19 juillet 1870 ; pris faits et causes pour l'avènement de la Troisième République le 4 septembre suivant. La proclamation de cette dernière fut annoncée dans le numéro du 11 septembre, par le nouveau rédacteur en chef Critot. Ce dernier venait de succéder à Emile Maudoulé, poussé à la démission par les administrateurs du journal, pour avoir rédigé un article sur l'assassinat de Victor Noir.

À la faveur de ces changements de direction et face à l'emballement des évènements, la ligne éditoriale du Courrier de Roanne évolua quelque peu. D'anti-belliqueux, le journal devint promoteur de la guerre à outrance après la défaite de Sedan. Ce changement de ton surpris tant et si bien le lectorat, composé majoritairement de paysans, d'artisans et de commerçants, que ces derniers reportèrent leurs voix sur les Conservateurs – qui se proclamaient partisans de la paix – lors des élections législatives de 1871.

Est-ce ce changement de ton, les diverses interdictions qui frappèrent le journal, telle celle annoncée dans le numéro du 21 mai 1871 ou bien le durcissement qui entoura la liberté de la presse à partir du 6 juillet 1871 qui provoquèrent la chute du Courrier de Roanne ? À moins que l'avènement de l'Ordre moral, contre lequel le quotidien s'était régulièrement érigé, n'en ait eu raison, au même titre que de nombreux journaux républicains.

Le Courrier de Roanne tira sa révérence le 29 juin 1873, non sans avoir passé le flambeau au Républicain de la Loire à qui il confia ses abonnés.

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